Les femmes et leur influence dans l’univers du travail

_ Qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui dans le monde du travail ?

_ Comment les femmes influencent-elles l’univers professionnel ? 

_ Contre quoi mènent-elles de lourds combats ? 

_ Comment font-elles face à la construction de croyances sociales autour de stéréotypes ancrés dans nos sociétés ? 

Nous allons répondre à ces questions à travers cet article qui retrace la place de la femme en milieu professionnel, la réalité de ce qu’elle vit quotidiennement et généralement ainsi que les écarts inégalitaires entre les femmes et les hommes au travail. 

Selon le Forum économique mondial, il faudrait environ 136 ans pour atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde de manière spontanée. 

Le collectif d’expertes “Femmes et Travail” (Welcome to the Jungle) composé de de Lucile Quillet, Laetitia Vitaud, Sarah Zitouni, Elise Fabing, Maïmonatou Mar et Clara Moley, a un seul objectif : Améliorer les conditions et la reconnaissance du travail des femmes. 

Selon elles, être une femme au travail aujourd’hui c’est : 

_ “Voir ses compétences sous-estimées, se heurter sans fin au plafond de verre parce que considérée comme moins légitime et disponible, et rester écartée des postes décisionnaires”. 

_ “Voir son métier moins bien rémunéré, en gagnant 28,5% de moins en moyenne qu’un homme et être considérée, en conséquence, comme le salaire d’appoint, pilier invisible de la société, sans droits ni reconnaissance”.

_ “Courir le risque d’être harcelée sexuellement sur son lieu de travail, souvent dans la plus grande indifférence”. 

_ “Devoir s’ajuster aux besoins de la famille (temps partiel, arrêt de travail, aidants) et s’épuiser physiquement et psychiquement à remplir une double voire triple journée (tâches domestiques, éducation des enfants, soin à la famille), dans un monde du travail qui ignore les problématiques d’équilibre de vie”. 

_ “Etre sur-représentée dans des métiers essentiels (professions du care, caissières, aides soignantes, infirmières, employées d’EHPAD, aides à domicile, femmes de ménage, agentes d’entretien), mais subir la précarité et le risque de pauvreté”. 

_ “Devoir assurer seule l’arrivée d’un nouveau-né pendant huit semaines de congé maternité obligatoires contre seulement sept jours obligatoires pour le père/deuxième parent, perpétuant la stigmatisation de la maternité en entreprise”. 

_ “Manquer de temps et d’énergie pour connaître ses droits, les faire valoir ou savoir se défendre face aux abus”. 

Elles proposent un programme en dix propositions pour changer le sort des femmes dans l’univers du travail : 

1. “Imposer la transparence des salaires en entreprise par type de poste et compétences requises, afin de rendre incontournable le principe “À travail égal, salaire égal””. 

2. “Conditionner l’obtention des aides d’État et la participation aux marchés publics des entreprises au respect des lois pour l’égalité professionnelle que sont la loi Copé-Zimmermann (40% de femmes dans les conseils d’administration et de surveillance) et la loi Rixain (30% de femmes parmi les cadres dirigeants et les

instances dirigeantes d’ici 2027, 40% d’ici 2030 pour les entreprises de plus de 1 000 salarié·es), ainsi qu’à la publication des notes obtenues de l’Index de l’égalité professionnelle”. 

3. “Renforcer l’obligation pour les entreprises d’informer leurs salarié·es sur leurs droits au travail (harcèlement, retour de congé maternité, salaire, etc.), de façon régulière, loyale, exhaustive et évidente”. 

4. “Imposer une condamnation minimale de six mois de salaire bruts versés à la victime en cas de harcèlement sexuel, moral ou de discrimination (contre seulement 7 100 euros en moyenne actuellement pour le harcèlement moral). Afin de protéger les professions à majorité féminine qui sont les plus précaires, la condamnation minimale de six mois de salaire prévue en cas de licenciement abusif doit être appliquée sans critère d’ancienneté”. 

5. “Constituer des Ordres à l’initiative de l’État et ratifier les Conventions progressives de l’Organisation Internationale du Travail pour défendre les professions du lien (petite enfance, vieillesse, nettoyage, etc) et faire plus généralement de la valorisation des métiers essentiels majoritairement féminins et précarisés une priorité, via l’accès à des emplois décents mieux rémunérés et protégés, des ressources pour accéder et défendre ses droits, un système de formation accessible (financement et indemnisation, pédagogies, remplacement) et la reconnaissance des compétences en certifications professionnelles”.

6. “Remplacer les congés paternité et maternité par un seul et même congé « nouveau parent » d’une durée égale (huit semaines obligatoires, jusqu’à seize semaines facultatives) pour le parent 1 et le parent 2”. 

7. “Faire de l’accueil petite enfance, qu’il soit collectif ou individuel, un droit pour les parents d’enfants de 0 à 3 ans et permettre ainsi aux femmes de ne pas avoir à sacrifier leur vie professionnelle en quittant le marché du travail pour pallier le manque de ressources publiques”. 

8. “Créer pour chacun des parents un congé parental longue durée de 240 jours, fractionnable et valable jusqu’aux 6 ans de l’enfant, rémunéré à 80% du salaire, inspiré du modèle suédois”. 

9. “Instaurer un « droit à l’équilibre de vie », reprenant la Charte de la parentalité en entreprise de l’Observatoire de la qualité de vie au travail, dans la prolongation du droit à la déconnexion existant afin de créer une culture du travail inclusive et conciliable avec une vie personnelle”. 

10. “Intégrer au programme de l’éducation nationale et aux compétences socles du Code du travail (insertion professionnelle, et vie sociale, civique et culturelle) des cours « d’apprentissage de l’autonomie » qui intègrent l’éducation domestique (primaire), la gestion financière, les bases du droit du travail (collège)”.

Descendons maintenant au cœur du problème avec Sandro De Gasparo (ergonome) qui propose une réflexion poussée sur la division sociale du travail entre les femmes et les hommes et appelle à une transformation du modèle économique, social et culturel du travail. En mettant en avant une discussion profonde entre les sciences du travail et “l’éthique du care” qui permet de reconsidérer l’organisation du travail avec une devise phare : “ la coopération devenant un principe directeur exigeant ”, il nous offre la possibilité de percevoir les dysfonctionnements inégalitaires du travail entre les hommes et les femmes tels que des “symptômes d’une transformation profonde et nécessaire des activités productives et du rapport subjectif au travail et aux rapports sociaux organisés par le travail, dans une période de changement structurel de notre économie”. (Intervention de Fabienne Brugière lors d’une conférence intitulée “Le genre au travail”). 

L’objet du travail de Fabienne Brugière était de découvrir la manière dont le sens du travail vivant, la référence à l’activité et de ses implications (subjectives et collectives) permet de penser l’affaiblissement possible des impacts négatifs dû aux normes genrées. Son hypothèse de travail consistait à comprendre les violences genrées, devenues plus visibles, non pas comme le problème mais comme des symptômes du changement sociétal, économique, des activités de travail et du rapport entretenu envers le monde professionnel actuel. 

“L’éthique du care peut être appréhendée comme l’ambition d’aller au-delà de la réflexion sur la division sociale du travail entre les hommes et les femmes, pour orienter un changement plus profond du système de valeurs qui organise la société. Il s’agit d’aller au-delà d’un rééquilibrage des positions relatives entre les sexes, déterminées par les assignations de “genre”, pour reconsidérer le système de valeurs à partir duquel est pensé le travail, comme activité créatrice de valeur, d’identité (colonne vertébrale de la santé psychique) et de lien social” (Sandro De Gasparo). 

L’enjeu ne serait pas seulement de questionner la place des femmes par rapport à celle des hommes, mais d’approfondir les sens de la fonction et la valeur des activités

“genrées” (relation, soin, éducation, service) dans une optique de renouvellement social à travers tous les défis démocratiques, économiques, écologiques et sociaux. 

Selon Fabienne Brugière et Sandro De Gasparo, “l’éthique du care est une proposition de changement de paradigme social et culturel qui coïncide avec la sortie de la pensée de la modernité industrielle et l’entrée dans une nouvelle pensée, encore balbutiante, en mesure de nous permettre d’affronter les enjeux climatiques et environnementaux, professionnels et sociaux, que l’actuelle crise sanitaire précipite.” 

Si dans les combats pour l’égalité entre les hommes et les femmes, ce sont surtout les femmes qui ont à se mobiliser pour prendre la parole et pour s’organiser, dans la vision de l’éthique du care, un effort ne passant pas inaperçu devra être accompli par les hommes pour leur permettre de s’approprier une “place” nouvelle dans le climat professionnel de la relation, de l’écoute, de la sollicitude et d’un rapport plus “sensible” au monde. 

Carol Gilligan (éthicienne et psychologue) propose la perspective “d’une voix différente pour penser la question morale des relations humaines, celle d’une éthique située, attentive à la singularité d’une situation où des personnes sont en relation, réhabilitant la place des émotions et d’une rationalité ancrée dans le corps, dans l’affectivité, dans la relation à l’autre” dans son entreprise. Lors de ces travaux en psychologie sur le développement du sens moral chez l’enfant, elle constate que “les chercheurs (hommes) attribuent systématiquement un degré de maturité plus important aux garçons. Leur capacité à appréhender des dilemmes moraux en mobilisant un raisonnement instrumental est considérée comme supérieure à celle des filles, qui ont tendance à passer par une narration de la situation, en explorant la voie d’une conciliation possible des protagonistes grâce au dialogue”. Cette attitude est alors considérée par les chercheurs comme “naïve”. Mais selon Carol Gilligan, elle aurait tout aussi bien pu être considérée comme plus mature.

“Cette appréciation différente entre le traitement d’un problème à partir d’une approche instrumentale (logique formelle) vs. une approche sensible et relationnelle (dialogique) renvoie bien davantage à la grille de lecture des chercheurs qu’à un problème de développement psychologique”. (Carol Gilligan). 

Gilligan propose de se baser sur le point de vue des jeunes filles pour mobiliser un déplacement du système de valeurs par lequel nous nous percevons à travers les reflets alimentés par les relations sociales. 

L’éthique du care renvoie à une perspective transformationnelle forte du modèle économique et sociétal du travail. Quand nous savons que l’activité de travail a un caractère universel dans sa sensibilité au monde et envers autrui, nous ne pouvons nous empêcher de repenser la question des formes de reconnaissance que construit le modèle économique dominant, comme conception du travail et de la création de valeur. 

L’éthique du care rejoint le projet d’une économie de la relation de service et de la coopération afin de répondre aux systèmes de fonctionnements du monde actuel ( bien-vivre alimentaire, confort de l’habiter, éducation, culture). 

“La valeur n’est ici plus liée aux biens et aux volumes, mais à la pertinence des réponses au regard des besoins et des vulnérabilités des personnes, désormais très articulés avec les équilibres de notre environnement. Or la pertinence se construit en situation, dans la relation, et non pas à distance. C’est ainsi que ce qui est déjà à l’œuvre dans le travail vivant ordinaire, comme volonté de « bien faire » au-delà du travail prescrit, comme attention aux usages de ce que l’on fabrique, comme effort de répondre aux singularités de la situation de ses interlocuteurs, devient un levier stratégique de création de valeur”. (Sandro De Gasparo). 

Selon De Gasparo, si la coopération est l’attention qu’on porte à l’activité des autres dans sa manière de travailler, alors la relation à l’autre dans le travail n’a rien d’un “paternalisme” ou d’une “posture maternante” créés par les normes du genre, mais elle

consiste dans la possibilité de s’épauler réciproquement pour produire une solution pertinente au vue de la situation. Le renforcement des ressources immatérielles du travail demande alors un caractère stratégique. 

L’éthique du care offre “un point d’appui précieux pour organiser un mouvement de construction d’une nouvelle orientation de développement socio-économique, ne relevant pas d’un cahier des charges idéologique et prescriptif, mais d’une grille de lecture nous permettant d’ouvrir les yeux et de reconnaître que l’essentiel de ce dont nous avons besoin est en partie déjà là, depuis longtemps, sinon depuis toujours dans les multiples dynamiques de l’activité qui, en cherchant à rendre service prennent soin de la vie et de la capacité des personnes à vivre bien”. (Sandro De Gasparo). C’est en plaçant la question du sens au travail au cœur de nos modes de pensées et de nos façons de travailler que nous pouvons rééquilibrer la balance de la qualité de vie au travail et de la productivité. En déployant nos capacités flexibles d’adaptation au monde, nous pouvons tous espérer et réaliser un univers professionnel égalitaire tant en termes de différence entre les hommes et les femmes qu’en termes d’écart parfois vertigineux entre santé au travail et productivité.

Publié par

Rukiye Kirbas

Un avis sur « Les femmes et leur influence dans l’univers du travail »

  1. La diversité au travail est fondamentale, que ce soit au niveau des genres que des origines, cultures, croyances, orientations etc.
    Ca apporte des débats plus intéressant et permet une plus grande divergence!
    Attention tout de même, la diversité c’est génial mais ca me parait difficile de ne pas citer l’inclusion en parallèle.

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